Les hommes

PROPRIETAIRES ET MAÎTRES DE FORGES

C’est au clergé et aux seigneurs que l’on doit la création, au Moyen Age, de la plupart des forges de la région : propriétaires terriens, ils jouissaient de l’usage des cours d’eau, des forêts, des terres et des richesses minières du sous-sol, c’est à dire des trois éléments indispensables à l’activité métallurgique.

Le seigneur ou le propriétaire terrien n’exploitait que très rarement ses forges. Il confiait cette tâche, en fermage, à un Maître de forges, avec un bail d’une durée de 9 ans. Rares étaient les forges qui, comme ce fut le cas de Baignes, appartenaient aux Maîtres de forges.

Les Maîtres de forges exploitaient généralement plusieurs « usines à fer ».

Parmi les Maîtres de forges de Baignes, on peut citer :  Jean et François Valentin ( 1552) – Gabriel Boy (1682) – les Rochet (de 1700 à 1814) qui furent à la tête d’un vaste empire industriel – Isaac Blum (1815) – Joseph Gauthier (1832) – Joseph Gauthier ( 1833 – 1840) – Pierre Tiquet et Gustave Robinet (1841). Pierre Tiquet rachètera les forges avec Pergaud puis restera le seul propriétaire exploitant jusqu’en 1961.

Ces dirigeants constituaient une véritable caste qui jouissait de certains privilèges et tenait le haut du pavé. Des fortunes fabuleuses ont été amassées, même si certaines faillites, parfois, furent retentissantes comme celle de Gauthier en 1840.

Jusqu’à la fin du XVIII° siècle,  la charge de Maître de forges s’héritait ou résultait d’alliances. Toujours est-il que la formation et l’expérience étaient assurées « de l’intérieur ».

 

LES OUVRIERS

«  Il ne faut pas croire que l’on a tout ce qu’il faut pour faire fonctionner une forge quand on a des mines, du charbon, de l’eau. Il faut encore des ouvriers pour faire la besogne. » ( Victor Hugo, Jean Valjean).

Jusqu’à la Révolution industrielle, les « usines à fer » comptaient des ouvriers « internes » et des ouvriers « externes ».

Les ouvriers « internes » :

Ils constituaient une classe très hiérarchisée :

Ouvriers très spécialisés avec une diversité de spécialisations : Maîtres étameurs, Maîtres ouvriers de tirerie, etc…

Ouvriers qualifiés : chargeurs, fondeurs, forgerons,  platineurs, gardes de haut fourneau, mouleurs, affineurs, marteleurs…

Les goujards : c’était une main d’oeuvre à tout faire, sans spécialisation particulière.

Jusqu’à la Révolution industrielle, la transmission de leurs savoir-faire était générationnelle : le recrutement était très fermé et seul les enfants des ouvriers  pouvaient travailler dans ces usines à fer. Les archives révèlent des généalogies entières, de même nom, ayant travaillé dans des forges, y compris dans d’autres régions ou pays. Cet essaimage géographique s’explique, en partie, par les migrations de ces ouvriers très spécialisés qui n’hésitaient pas à s’installer dans une autre forge si les salaires ou les conditions de vie y étaient meilleurs.

Ces ouvriers internes, logés par et dans l’usine étaient considérés par les Maîtres de  forges comme des domestiques et pouvaient être congédiés à tout moment. Ils jouissaient parfois d’un petit jardin et de bois de chauffage.

Dans un haut fourneau, ils étaient peu nombreux : en 1844, 8 à 10 personnes suffisaient pour faire rouler le fourneau. Leur travail, d’une durée de 12h journalières, exigeait une grande force musculaire et en conséquence 1/3 de leur salaire était consacré à une solide alimentation en viande et pain. Les chaleurs extrêmes dans lesquelles ils travaillaient les obligeaient à boire 8 litres de liquide par jour . Ils s’approvisionnaient dans le magasin des usines : les cahiers de dettes des ouvriers révèlent l’insuffisance de leur salaire.

La part des salaires, dans les frais de roulement des usines, représentait, en 1740, seulement 10 à 15% du budget. Les ouvriers étaient parfois payés en salaire fixe, d’autres en salaire fixe et à la tâche ou enfin uniquement à la tâche.  C’est la raison pour laquelle femmes et enfants étaient parfois voire souvent obligés de contribuer au travail du père.

Les ouvriers « externes » :

«  Une population nombreuse et pour ainsi dire incalculable est employée à l’extraction, le transport, le lavage du minerai, à la coupe, au charbonnage et au charrois du commerce et transport de cette marchandises » . ( Ingénieur des mines Houry – 1860)

Parmi les nombreux mineurs, voituriers (souvent paysans),charbonnier ectifiee  bûcherons, charbonniers, ces deux dernières catégories étaient les mieux payées, mieux payées même que les ouvriers internes. Ils formaient un groupe social à part, une confrérie  et vivaient isolés dans la forêt et déplaçaient leur hutte de bois au gré des coupes.

 

 

 

 

C’est donc toute une grande partie de la population de Haute-Saône qui travaillait de façon régulière ou occasionnelle pour la cinquantaine d’ usines à fer du département au XVIII° siècle.

 LA FIN D’UNE ORGANISATION SOCIALE SECULAIRE

Changement de propriétaires :

A la Révolution, les forges, confisquées à leurs propriétaires (seigneurs ou clergé),  passent aux mains d’investisseurs de tout poil issus de tout autre secteur d’activité.  L’industrie sidérurgique , florissante, promettait en effet une excellente rentabilité…

Avec la Révolution industrielle et l’introduction de la machine à vapeur,  les connaissances des ingénieurs vont désormais se substituer au savoir-faire séculaire des ouvriers. C’est la fin d’une organisation sociale qui existait depuis le Moyen Age.

A Baignes  :

A Baignes,  Pierre Tiquet ,  Maître de forges-exploitant avec Gustave Robinet depuis 1841,  va devenir propriétaire en 1857.  Face aux crises successives et à la concurrence de la métallurgie au coke qui se développe hors de la Franche-Comté, Pierre Tiquet ferme le haut fourneau en 1869 et reconvertit l’activité de l’usine en une fonderie de seconde fusion dès l’année suivante en 1870.

L’usine Tiquet et Fils va fonctionner jusqu’en 1961 sous la forme d’ entreprise familiale qui s’apparentait désormais à une PME avec, à sa tête, un patron multi-fonctions (dirigeant, commercial, parfois comptable, etc…) 51

et des ouvriers, essentiellement des mouleurs, qui continuaient à être logés dans l’usine.ouvriers devant logement

 

 

 

A sa fermeture, en 1961, l’usine comptait une vingtaine d’ouvriers. La qualification du personnel et l’anticipation du dernier dirigeant permirent le reclassement de l’ensemble des salariés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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