Une longue histoire industrielle

UN PEU D’HISTOIRE… 

Situées à 13 km de Vesoul, nichées au creux d’une reculée calcaire creusée par les eaux au cours des millénaires, les anciennes forges de Baignes s’érigent au centre du village comme l’une des plus belles illustrations de la prospère activité sidérurgique de Haute-Saône au cours des siècles précédents et comme un exceptionnel exemple d’architecture industrielle du XVIIIe siècle.

pREc-PLAN vesoul baignes

Du fer, de l’eau et du bois :

L’abondance de ces trois éléments en Haute-Saône sont des facteurs qui prédisposaient la région au développement d’une activité métallurgique :

– du minerai de fer pour alimenter les hauts fourneaux qui produisaient de la fonte.

– de l’eau pour actionner les soufflets des hauts-fourneaux et des forges et pour laver le minerai de fer.

– des forêts pour la fabrication du charbon de bois.

  Baignes présentait une situation tout à fait favorable :

On trouvait le minerai de fer à proximité, dans des « minières », sous forme de petits grains enrobés d’une gangue terreuse que l’on devait laver dans des « patouillets ».

Minerai de fer en grains (pisolithique) et patouillet

Au niveau hydrographique, le nom de Baignes (Balnea, en latin) est évocateur de la situation exceptionnelle du village.

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Outre les nombreuses sources et ruisselets, la présence de  la Font (source de la Baignotte) ,  et d’un étang artificiel ont permis l’installation de deux activités métallurgiques dans le même village :

– un haut fourneau, à proximité de la Font, au centre du village : il produisait de la fonte sous forme de gueuses (barres de fonte) ou d’objets moulés (boulets de canon…).

haut fourneau

– une forge  et une fenderie à l’entrée nord du village au bord de l’étang.  Alimentée par la rivière et un canal, la forge produisait du fer sous forme de lingots de métal destinés aux ateliers de transformation. La fenderie fut transformée postérieurement en moulin.

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Naissance et développement

L’industrie métallurgique, en Haute-Saône, date du XII° –  XIII° siècle. Le site de Baignes est mentionné dès la première moitié du XVI° siècle, même s’il est probable qu’il existait bien avant cette date.

Cette activité se développe au cours des siècles suivants malgré quelques ralentissements liés aux guerres successives.

La fin du XVIII° marque l’apogée de la métallurgie haut-saônoise : le département se classait au 2° rang national pour sa production de fonte et de fer, il comptait plus de cinquante « usines à fer » (hauts fourneaux, forges, ateliers de transformation.)

carte 1788 complétée

La production de Baignes consistait essentiellement en de la fonte marchande (sous forme de gueuses de fonte ou de boulets de canon) et de fer marchand.gueuses diderot

Elle alimentait les usines de transformation locales mais s’exportait également vers le Midi et plus spécialement vers les arsenaux méditerranéens par la voie navigable de la Saône. En 1789, 123 ouvriers travaillaient dans l’usine sans compter les nombreuses personnes qui intervenaient occasionnellement pour le transport ou la fabrication du charbon de bois.

C’est à cette époque d’apogée que fut édifié l’exceptionnel site architectural de Baignes (cliquer sur l’onglet  » Une architecture unique » en haut de la page).

Le déclin :

La diminution des ressources en minerai de fer, le déboisement excessif lié à la fabrication du charbon de bois, l’irrégularité des ressources en eaux contraignaient régulièrement les usines à fer à chômer pendant plusieurs mois de l’année.

Les conflits entre les villageois paysans, les communes et  les usines à fer se multipliaient : engorgement des rivières à cause du lavage des minerais (eaux impropres à l’alimentation du bétail, inondations…), diminution des terres arables (excavations de minières, entassement des scories dans d’immenses crassiers…), augmentation du prix du bois, etc…Les cahiers de doléances font état de toutes ces protestations.

Au XIX° siècle, l’usage du coke (au lieu du charbon de bois) et l’innovation de la machine à vapeur se répandent en Europe et en France. La métallurgie comtoise résiste à adopter cette modernisation qui permet pourtant une production de masse bien supérieure.

Face à ces difficultés croissantes et à cette nouvelle concurrence de la production au coke, l’industrie haut-saônoise va être anéantie.

A Baignes, malgré des innovations introduites par quelques Maîtres de forges audacieux (machine à vapeur pour suppléer l’action motrice de la roue hydraulique quand les eaux étaient insuffisantes) , la forge cesse son activité en 1850 et le haut fourneau arrête de rouler en 1869.

La renaissance : reconversion de l’activité en fonderie de seconde fusion.

Quelques usines réussirent à survivre grâce à une reconversion de leur activité.

A Baignes, c’est au Maître de Forges Pierre Tiquet (installé à Baignes depuis 1844) que l’usine doit cette reconversion.

L’usine continuait à produire de la fonte. Mais avec quelques différences fondamentales :

– Le haut fourneau fut remplacé par des cubilots, de plus petite taille.

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Ceux-ci n’étaient plus alimentés en charbon de bois et minerai de fer mais en coke et en fonte marchande (achetée en Lorraine et que l’on soumettait, dans les cubilots, à une nouvelle fusion).

– La production de l’usine changea radicalement : elle ne produisait plus des gueuses de fonte (fonte marchande) mais s’orienta vers une production d’objets moulés très divers essentiellement d’usage domestique ( fourneaux, lessiveuses, fers à repasser, poids pour balances, gaufriers, marmites, auges, etc…)

– Cette production s’adressait désormais à un marché régional.catalogue fonderieLe travail de la fonderie exigeait un important savoir-faire :

  • des menuisiers qui façonnaient les matrices en bois,
  • des mouleurs qui fabriquaient le moule avec du sable humide compressé,
  • des fondeurs chargés de la fusion de la fonte,
  • et de ceux qui procédaient à la coulée et au moulage immédiat à l’aide d’une « poche » (sorte de louche à long manche).

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La marque « Tiquet » était une marque connue et reconnue. La cloche de l’usine rythmait la vie de tout un village.

ouvriers

Cependant, avec le développement de la société de consommation, l’apparition de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux, la production de l’usine, dès les années 50, ne répondait plus à l’évolution des goûts des consommateurs.

                L’usine ferma définitivement ses portes en avril 1961.vente jpeg

 

EN RESUME :

ligne temporelle

 

 

 

 

 

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